Le lendemain, une commission choisie par Laffémas, et dirigée par lui et par le présidial de Troyes, magistrat servile à la discrétion de Richelieu, s'assemblait à l'Arsenal, pour évoquer la cause du chevalier de Jars.
Séance tenante, sans public, sans témoins, sur de misérables arguties, dont l'accusé n'eut pas le droit de se défendre, ses juges, plus dignes du titre d'assassins, prononcèrent contre lui la peine capitale.
Pendant que l'Arsenal retentissait de cet arrêt, il y avait grande chasse à courre à Saint-Germain. Le roi se montrait d'une humeur charmante; il caracolait dans les avenues du bois avec mademoiselle de Lafayette, qui s'efforçait de lui sourire, mais qui, poursuivie par des pressentiments cruels, se sentait la mort dans le cœur.
Le bruit de la condamnation se répandit dans la capitale, où elle jeta la consternation, bien avant qu'on la connût au château.
Il semblait que le cardinal fût décidé à jouer son va-tout. Sans sursis, sans délai, l'échafaud se dressa, et toutes les forces militaires furent disposées pour veiller au maintien de l'ordre et parer à toute tentative d'enlèvement de la victime.
Paris s'était mis en deuil. Une morne stupeur régnait sur la grande ville oppressée. François de Rochechouart, chevalier de Jars, était l'un des gentilshommes les plus réputés pour leur droiture de caractère, pour leur bravoure. Son nom était populaire et sympathique.
Dans cette cité, trop souvent indifférente aux hommes d'en haut et à leurs égarements, il était connu, il était aimé. Puis on en était arrivé à une heure où déjà le peuple réfléchissait. Les excès de pouvoir du cardinal avaient trouvé plus d'une fois des approbateurs nombreux, lorsqu'ils frappaient sur ces nobles orgueilleux autant qu'aveugles, qui se considéraient comme d'une race supérieure au commun des autres hommes et prétendaient se mettre au-dessus des usages des lois et des mœurs.
Mais on s'apercevait qu'il frappait moins sur les ennemis des franchises publiques que sur les siens propres; que c'était sa cause et ses intérêts personnels qu'il défendait, et non ceux de la France. C'était avec anxiété qu'on le voyait s'en prendre à la fois aux bons et aux mauvais; on se demandait où il s'arrêterait, s'il s'arrêtait sur cette pente rapide.
Paris, donc, se montrait soucieux. La foule, informée des préparatifs de l'exécution par cette communication invisible, mais rapide, qui répand les mauvaises nouvelles, se portait en longues files vers la place Saint-Paul, l'un des théâtres de ces exécutions, désignée en cette circonstance à cause de sa proximité de l'Arsenal, où le condamné était détenu depuis sa mise en jugement.
Midi était, suivant l'usage, l'heure fixée pour l'immolation. Dès onze heures il ne restait pas un pouce de terrain libre sur la place ni dans les alentours; les rues avoisinantes étaient engorgées d'un océan de curieux, pressés, écrasés, hors d'état d'avancer ni de reculer.