Les balcons, les croisées, les toits eux-mêmes offraient une profusion de têtes agitées. Une fenêtre seule ne laissait voir qu'une longue tapisserie, qui peut-être abritait des spectateurs non moins anxieux que les autres, mais plus discrets.

Des bruits lugubres circulaient à voix basse, touchant cette croisée énigmatique. C'était celle d'un pavillon attenant à l'un des grands hôtels de la place, un hôtel royal, et n'ayant pas d'autre ouverture au dehors.

On se demandait ce que signifiait ce rideau immobile, et quels personnages il pouvait bien cacher. Alors, les conjectures marchaient leur train, et les regards, fatigués de considérer les apprêts du supplice, se tournaient opiniâtrément de ce côté.

Ces préparatifs étaient faits avec une régularité mathématique, dont les écrivains de l'époque nous ont transmis les détails minutieux. Nous les répétons pour les amateurs de causes célèbres. L'échafaud offrait l'aspect d'une plate-forme en planches, de dix à douze pieds en carré, et de six pieds d'élévation. Les instruments de supplice se composaient simplement d'un billot de huit pouces de haut et large d'un pied carré, d'un sabre fort pesant, que l'exécuteur maniait avec beaucoup d'habileté, et d'une hache au tranchant poli et au manche très court.

Au coup de midi, la multitude silencieuse devint plus morne encore. On entendit dans la rue qui venait de l'Arsenal un sourd roulement de tambour, et bientôt, sous la brume épaisse qui régnait depuis le matin, comme si la nature faisait le deuil de la victime, on aperçut un peloton de soldats de la prévôté débouchant sur la place. Ils étaient suivis par des hallebardiers suisses en nombre imposant.

Au milieu venait le condamné.

On n'avait pas voulu entraver ses mouvements; les cordes qui lui tenaient les jambes et les bras lui permettaient de marcher et de croiser ses mains dans les manches de son pourpoint. Il avait la tête nue, et l'on ne pouvait se défendre d'un sentiment d'admiration pour sa contenance à la fois simple et fière.

Il s'entretenait tranquillement avec son confesseur, et semblait, par ses regards, remercier la population de la bienveillance qu'il lisait dans ses rangs.

Aucune clameur, aucun bruit ne se manifesta. La stupeur était à son comble. La foule respectueuse croyait assister à un martyre.

De Jars franchit sans hésiter les degrés de la plate-forme. Là, comme le bourreau et son aide s'approchaient pour lui faire subir les derniers préparatifs, qui de nos jours ont lieu dans la prison, mais dont on tenait alors à ne pas frustrer le populaire, il se tourna vers son confesseur pour l'embrasser.