—Dites que vous en aimez une autre, monsieur, et épargnez-vous ces détours.
—Sur mon âme, écoutez-moi, mademoiselle. Mes lèvres n'ont pas l'habitude du mensonge: ce qu'elles disent, je le pense. Un moment, oui, je le confesse, je crus être aimé de vous, et ce bonheur inespéré, immense, faillit me rendre fou... Ah! vous ignorerez toujours par quelle idolâtrie j'eusse voulu répondre à cet amour, s'il eût été vrai... Vous avez eu, entre toutes les femmes, le premier battement de mon cœur... Hélas!...
—Et ce cœur s'est bien vite refermé et donné à une autre, n'est-ce pas?
Il voila son visage sous ses deux mains, peut-être pour lui dérober ses larmes, et s'écria sourdement:
—Ah! Louise, je vous eusse trop aimée!
—Trop aimée! répéta la jeune fille avec une ironie déchirante; et d'où vient que cette tendresse s'est évanouie si vite?
—Elle le demande! Mais c'est qu'elle ose le demander!... dit le jeune homme, plein d'amertume et de mépris.
—J'ai le droit d'interroger quand on m'accuse!... Dites donc, ingrat, quelles preuves ne vous ai-je pas données de mon amour? C'est moi qui, vous voyant mélancolique et isolé, suis allée à vous la première! C'est moi qui, oubliant les lois de l'étiquette, les dangers de la médisance, la surveillance sévère attachée à mon emploi, n'ai pas craint de vous rendre visites sur visites dans votre atelier; de vous laisser prendre modèle sur ma pose, sur mes mains, pour votre tableau préféré... Et qui donc a adressé à l'autre les premiers mots du cœur... dites? Est-ce vous, ou n'est-ce pas moi encore?...
—Tout cela est juste; et alors combien je vous chérissais!...
—Et depuis quand ai-je cessé de mériter cette affection, que j'avais lâchement mendiée...