—Henriette vous aime, mon ami, et—ajouta-t-elle, non sans un pénible effort,—vous aimez Henriette.

—Oh! c'est vous seule!

Elle secoua avec un sourire triste sa belle tête affligée.

—Non, c'est elle, vous dis-je; vous avez été porté vers elle par votre cœur; vous ne revenez vers moi que par reconnaissance...

—Voulez-vous me faire mourir de chagrin?

—Écoutez-moi, Philippe, car ceci est une résolution irrévocable. Nous étions deux à vous aimer, et vous nous avez aimées toutes les deux. Le cœur d'une femme n'a pas de ces phénomènes, mais celui de votre sexe est fait d'une autre sorte... Je n'ai pas le droit de vous en vouloir; j'ai eu votre première pensée, je ne disputerai pas l'autre à Henriette. Elle méritait bien plus que moi de vous posséder tout entier.

—Ah! vous me désespérez!...

Mais sans s'arrêter à cette interjection, elle poursuivit:

—A un homme tel que vous, il faut une femme comme vous, dont la réputation n'ait jamais donné prise aux clameurs du monde, fût-ce à celles de la calomnie... L'épouse de Philippe de Champaigne ne doit pas même être soupçonnée. Telle n'est plus ma condition, hélas! Je vous apporterais en partage l'ironie, le sarcasme.... Ces courtisans qui m'envient ont intérêt à me croire coupable, bien qu'ils me sachent innocente... Philippe, je ne veux pas vous faire ce déplorable don! Une jeune fille est là, belle, immaculée comme un ange; elle a mis en vous son amour, sa foi, son espoir... Cette jeune fille, je vous la donne.

—Mais vous!...