Et l'entretien général, un moment suspendu par ce triste incident, se ranima. M. de Chalys seul n'y prit aucune part. Il semblait préoccupé, et quand madame de Guy-Ferrand vint rejoindre ses hôtes un instant plus tard, il s'approcha d'elle à la hâte:
— Cela va mieux, n'est-ce pas? lui dit-il.
Elle le regarda en face, haussa les épaules et ne répondit rien.
Raoul s'isola derrière une table, et se mit à feuilleter un album d'un air distrait. Au bout d'une demi-heure, la jeune duchesse de Sauves reparut à son tour; elle était fort pâle. Elle répondit en souriant aux interrogations qui lui étaient adressées sur son passage, puis elle vint brusquement s'asseoir près de Raoul:
— Eh bien? dit-il.
— Eh bien, votre impiété a tout perdu: elle part demain pour
Férias. Vous ne la reverrez jamais.
La jeune femme regretta l'accent d'amertume et de colère dont elle avait marqué ses paroles, quand elle vit l'altération profonde qui creusa soudain les traits du comte, et qui les imprégna d'une teinte livide. Il attacha sur elle un regard dans lequel elle put lire une détresse inexprimable, puis il baissa les yeux aussitôt, et une faible convulsion nerveuse agita ses lèvres.
— Mon ami, reprit-elle plus doucement, ne pouvez-vous réparer cela? Un mot y suffirait!…
— Un mensonge? dit le jeune homme en relevant sur elle ses yeux plein d'un feu sombre, — jamais!
Après un silence: