— Ah! dit-il, je l'aimais comme un enfant!
Il se laissa tomber sur une chaise et y demeura accablé, la tête dans ses mains.
Au bout de quelques minutes, il se releva, et d'une voix brève:
— Je me rappelle, dit-il, que c'est lundi aujourd'hui. Je vais chez madame de Val-Chesnay… Y viens-tu?
— Et que vas-tu faire chez madame de Val-Chesnay? dit Gandrax en haussant les épaules.
— Je vais lui dire que je l'aime… Et pardieu! je l'aimerai!… J'ai redouté cet amour, parce que je voyais dans les yeux de cette jeune femme toutes les fureurs des passions tragiques… Eh bien, maintenant je le veux à cause de cela! J'ai besoin d'une diversion puissante, et je n'en vois pas de meilleure… Donc ce soir je fais ma cour à Clotilde,… dans deux mois je l'enlève et je me bats avec son mari, que je tuerai… Le bruit en arrivera, j'espère, jusqu'aux pieuses oreilles de mademoiselle de Férias… Viens-tu avec moi?
— Raoul, dit Gandrax avec une émotion singulière dans la voix, si tu es mon ami, et si tu veux le rester, tu ne feras pas cela!
— Je te jure que je le ferai! Pas de morale en ce moment! Louis! il est mal choisi,… tu perdrais tes arguments!… Je souffre comme un damné… Et pourquoi? Pour avoir rêvé le ciel du plus pur fond de mon coeur! Non! ne me dis rien,… pas un mot! Je serai l'amant de madame de Val-Chesnay… ou de qui je voudrai,… et il n'y a pas une raison au monde,… ni sur la terre ni dans le ciel,… qui puisse m'en empêcher!
— Il y en a une, j'espère, reprit Gandrax, et la voici: j'aime madame de Val-Chesnay.
— Toi! tu aimes,… tu l'aimes!