— Votre pitié, Raoul.

— Je vous la refuse!

Il se détourna et dit quelques pas. Puis, revenant vers elle:

— Savez-vous qu'il s'est tué? reprit-il. Si vous ne le savez pas, je vous l'apprends! Si vous le savez, je vous trouve… hardie de vous présenter ici!

— Je le savais! murmura-t-elle.

Elle se jeta sur un divan, cacha sa tête dans la soie des coussins et sanglota. Raoul marcha quelques minutes à grands pas dans l'obscurité de l'immense salon, et, s'arrêtant en face d'elle brusquement:

— De grâce, madame, reprit-il, finissons! Tout ceci est inutile… et répugnant.

Elle releva le front.

— Mais enfin, dit-elle, savez-vous bien vous-même ce qui s'est passé? Croyez-vous donc être si étranger à ce malheur,… à ce crime,… que je venais pleurer avec vous? N'est-ce pas vous qui m'avez poussée à ce vertige,… dont voici les suites?… Ne m'avez-vous pas demandé mon amour?… L'ai-je rêvé, dites?… Et le jour où il vous a appartenu, ne m'avez-vous pas torturée, humiliée, désespérée,… en vous donnant à une autre sous mes yeux? Et vous me refusez aujourd'hui un mot de pitié,… un mot de pardon?… Et qu'avez-vous pourtant à me pardonner,… si ce n'est de vous avoir aimé trop fidèlement à travers ce fantôme d'amour que j'avais saisi dans mon désespoir, parce qu'il était encore un souvenir, une ressemblance de vous,… parce qu'il me parlait de vous, parce qu'il vous aimait!… Eh! grand Dieu! c'est ce qui l'a tué, si vous l'ignorez, car le moment est venu où je me suis réveillée de ce songe avec horreur;… je n'ai pu le tromper plus longtemps,… le cri de la vérité s'est échappé de mon coeur, et l'a foudroyé!… Plaignez-le; moi, je l'envie! Il ne souffre plus!

Elle plongea son front pâle dans ses mains et se remit à sangloter avec violence.