M. de Chalys, demeuré seul, fit quelques pas au hasard en appuyant sa main sur son front brûlant, puis il s'arrêta pour écouter. Aucun son ne parvenait à son oreille. Un silence doux et mélancolique régnait dans l'enceinte du petite jardin, qu'enveloppaient déjà les ombres du crépuscule.

Pour tromper les agitations intolérables de sa pensée, il sortit et se promena quelque temps dans le chemin devant la grille. Tout à coup il se mit à gravir la lande, traversa le cimetière et entra dans l'église. Quand les peintures inachevées des murailles et de la voûte, souvenirs de tant d'espérances et de tant d'heures heureuses, lui apparurent dans le demi-jour de la nef, une impression poignante lui serra le coeur. Il joignit ses mains dans une convulsion de douleur, se jeta à genoux sur les dalles, et, le front battant sur les degrés de l'autel, il sanglota follement.

Il était là, priant et pleurant, quand une main lui toucha l'épaule; il se leva: l'abbé Renaud était devant lui, pâle et muet. Raoul lui prit la main, et, le regardant dans les yeux:

— Ah! mon père! cria-t-il, que venez-vous me dire?… Epargnez-moi, mon père!… Ce n'est pas fini? dites!… Ce n'est pas fini?… Elle n'est pas morte,… n'est-ce pas?… Oh! je vous en prie!… Mon Dieu! qu'est-ce que je ferais au monde?… Elle n'est pas morte… Ne me dites pas qu'elle est morte,… je vous en prie,… je vous en supplie!

Et il tomba aux genoux du prêtre, dans un transport qui tenait du délire.

Le vieillard le releva.

— Mon ami,… calmez-vous,… songez à Dieu! Venez,… elle vous demande.

— Elle me demande?

Il l'interrogea encore d'un oeil plein d'angoisse, et, voyant les lèvres du curé s'agiter vaguement, il le suivit sans parler. Ils descendirent la lande en silence. — Comme ils montaient l'étroit escalier du presbytère, ils rencontrèrent le médecin, qui saisit la main de Raoul au passage.

— Soyez hommes, monsieur! lui dit-il.