Ils pénétrèrent alors dans la petite chambre que Raoul avait occupée. C'était là qu'on avait transporté Sibylle. — Le marquis de Férias, la marquise et miss O'Neil étaient groupés vers la tête du lit: leurs traits, sillonnés de larmes récentes, étaient graves et calmes. Le premier regard de Raoul rencontra les grands yeux bleus de Sibylle, dirigés vers l'entrée de la chambre avec une expression d'anxiété qui s'apaisa dès qu'elle l'eut reconnu. Il s'approcha du lit: le visage de Sibylle, enveloppé dans la masse dénouée et tourmentée de ses cheveux blonds, respirait une sérénité, une grâce et une sorte d'allégresse qui firent d'abord illusion à Raoul. Elle remua faiblement la tête en lui souriant, puis aussitôt elle leva les yeux sur le curé, qui s'avança.
— Monsieur, dit le vieillard d'une voix lente et pénible, mais accentuée, mademoiselle de Férias, en ce moment suprême, aurait souhaité de vous être unie par la bénédiction nuptiale. Elle ignorait et j'ai dû lui apprendre que mon devoir m'interdit de consacrer une telle union; mais je ferai du moins tout ce que ma conscience me permet pour donner à ce coeur… qui vous a tant chéri… une dernière consolation.
Il fit une pause, puis il ajouta:
— Mademoiselle de Férias m'a dit, monsieur, que vous partagiez désormais sa pure croyance et ses espérances éternelles?
— Oui, monsieur, dit Raoul: — à jamais!
Un rayon de joie passa comme une flamme sur les traits de
Sibylle. — Le vieillard se recueillit un moment:
— Donnez-lui la main, reprit-il.
Raoul enlaça doucement sa main dans celle de Sibylle.
Le vieux prêtre leva alors son regard humide vers le ciel, et d'une voix que l'émotion brisait:
— Mon Dieu! dit-il, Dieu de bonté! vous savez comme ils se sont aimés… et comme ils ont souffert!… Que ces deux âmes, si dignes l'une de l'autre, et que vous allez séparer,… soient unies un jour dans l'éternité!… Et daignez bénir la promesse que je leur en fais en votre nom… Ainsi soit-il!