Le lendemain, un soleil radieux faisait étinceler sur les collines les bruyères humides. M. et madame de Férias montèrent en voiture dès le matin et se rendirent au village pour visiter les marins naufragés. En passant, ils déposèrent Sibylle devant la barrière d'un petit jardin qui formait, à peu de distance de l'église, sur le versant méridional de lande, une agréable oasis. A travers les lianes de clématite et de chèvrefeuille qui masquaient à demi le treillage de la barrière, on apercevait au fond du jardin une maisonnette tapissée de vigne vierge et ornée de volets blancs. Sibylle sonna: ce fut le curé qui vint ouvrir. Il avait sa soutane des dimanches, dont la partie inférieure était soigneusement relevée par des épingles; il tenait un outil de jardinage qui lui échappa des mains quand il reconnut Sibylle.
— Comment! comment! dit-il en balbutiant, c'est vous, ma chère demoiselle?
— Oui, mon père, c'est moi qui viens prendre ma leçon de catéchisme.
Le curé la regarda longuement, regarda le ciel, et essuyant furtivement une larme qui se détachait de sa paupière:
— Oh! dit-il, est-ce possible! Venez, ma chère enfant, venez, je suis à vous!
Puis, montrant avec confusion ses mains souillées de terre:
— Marianne! cria-t-il, Marianne, vite, de l'eau!
Presque aussitôt une vieille femme, en costume du pays, sortit de la maison, portant un vase rempli d'eau.
— C'est mademoiselle de Férias, Marianne! reprit le curé.
— Oui, oui, mam'zelle de Férias, parbleu, oui, sans doute, je la connais bien! dit la vieille femme, qui ne semblait pas être de la meilleure humeur du monde.