— Un peu, dit Sibylle en souriant.
— Pardonnez-moi, reprit la jeune femme. Je suis si malheureuse!… Venez me voir aujourd'hui à deux heures, voulez-vous?… Vous me demanderez,… moi seule!
— Oui, madame, dit Sibylle, dont le coeur battit soudain avec force, j'irai.
Blanche saisit la main de Sibylle, la serra fiévreusement et s'éloigna.
La matinée parut longue à mademoiselle de Férias. Malgré l'obscurité profonde du dédale où s'égarait son esprit, un instinct confus semblait l'avertir qu'elle touchait en ce moment au point le plus vif et le plus délicat de sa destinée. Quand elle se présenta à l'heure dite dans l'appartement de madame de Sauves, elle éprouvait une agitation voisine de l'angoisse.
La jeune duchesse, en la voyant entrer, courut à elle. Ses yeux, entourés de l'ardent sillon creusé par ses pleurs, brillaient d'un éclat extraordinaire. Elle prit les deux mains de la jeune fille, la regarda fixement sans parler, puis, l'attirant un peu plus près:
— Mademoiselle, dit-elle, mademoiselle Sibylle, — et elle insista sur ces deux mots avec un accent bizarre, — voulez-vous être mon amie?
— Oh! de grand coeur! dit Sibylle.
Blanche la regarda encore, puis elle se jeta à son cou, et, la serrant à l'étouffer, elle la couvrit de caresses et de pleurs. Elle l'entraîna sur un divan, et, cachant sa tête dans le sein de Sibylle, elle continua de sangloter, mêlant à ses larmes des paroles entrecoupées:
— Ah! Dieu!… que je vous aime!… que je vous aimerai!… Soyez bonne pour moi… Aimez-moi, n'est-ce pas? J'ai tant besoin qu'on m'aime!…