Quand ce transport fut un peu calmé, la petite duchesse, tenant toujours étroitement enlacées les mains de sa nouvelle amie et essayant de sourire:
— Vous ne devez rien comprendre à ce qui vous arrive, ma chérie,… vous comprendrez plus tard!… Pour le moment, aimez-moi de confiance,… je vous assure que je le mérite,… et sauvez-moi,… voilà ce qui presse!
— Vous sauver? murmura Sibylle.
— Oui!… je suis sûre que vous le pourrez… Vous avez beaucoup d'esprit et de bonté, je me fie à vous! Ne me méprisez pas surtout!… J'ai bien souffert, bien combattu, je vous jure… Et, d'ailleurs, je puis encore regarder vos beaux yeux sans rougir… Voyons, écoutez-moi. Quand je me suis mariée, j'aimais quelqu'un… depuis longtemps,… hélas! depuis toujours! car dès que j'ai eu une pensée dans le coeur, elle a été pour lui. J'espérais l'épouser, on me le faisait pressentir — c'est encore une excuse! — mais lui ne vit rien… ou ne voulut rien voir… Il partit… très-loin! Je pus croire qu'il ne reviendrait jamais!… Je fis mon deuil du bonheur,… et j'épousai mon mari.
Il y eut une pause de silence embarrassé; la petite duchesse paraissant rencontrer à ce point de sa confidence une difficulté de premier ordre. Sibylle, surmontant elle-même avec effort le trouble extrême de ses idées, fit sentir à la main de son amie une pression plus affectueuse.
— Voyons, dit-elle, courage… Et l'autre est revenu, n'est-ce pas?
Blanche lui lança de côté un regard rapide:
— Oui, dit-elle, il est revenu,… et, en deux mots, j'ai reconnu que je l'aimais encore follement,… je n'ai pu le lui cacher,… et, tout en souffrant le martyre, car au fond j'ai horreur du mal, j'étais tout près de me perdre,… de me perdre tout à fait, quand Dieu m'a donné le courage de me jeter dans tes bras, mon pauvre ange!…
Et elle embrassa encore Sibylle de toute sa force. Puis se relevant:
— Ma chérie, reprit-elle, j'ai en vous une confiance entière; je comprends tout ce que vous êtes, je ferai tout ce que vous me direz… Eh bien, dites,… que feriez-vous, si vous étiez moi?