— Je veux monter sur le cygne! dit brièvement Sibylle.
— Comment, monter sur le cygne! reprit le marquis. Quelle est cette plaisanterie?
La nourrice expliqua alors que Mademoiselle, après avoir distribué du pain aux cygnes avec beaucoup de gentillesse, avait tout à coup exprimé le désir énergique et monter à cheval sur un de ces oiseaux, et de faire en cet équipage le tour de l'étang. — N'est-ce pas, monsieur le marquis, qu'elle se noierait?
— Cela n'est pas douteux, dit le marquis, et elle mériterait qu'on lui en laissât faire l'expérience.
— Le cygne ne se noie pas! dit Sibylle.
— Le cygne a reçu de Dieu le don de nager, et vous ne l'avez pas.
— Je veux monter sur le cygne! reprit Sibylle frémissante.
— Vous allez monter à votre chambre, dit le marquis, puisque vous n'entendez pas raison. Emmenez-la, nourrice.
Sibylle se débattant avec un redoublement de cris, M. de Férias la saisit par le corsage, l'enleva de terre, et, marchant à grands pas vers le château, alla la déposer dans une salle basse où il l'enferma; puis il revint vers la marquise, et, se laissant tomber tout tremblant dans un fauteuil:
— Ce qui me console, ma chère, dit-il, c'est que je souffre plus qu'elle.