— Rien… que ce que je vous dis. Je me sens faible, et je vous prie de me soutenir.
Les traits du duc se contractèrent violemment et se couvrirent d'une teinte livide; une colère sauvage jaillit de ses yeux. La jeune femme, comme éblouie par cette flamme qui l'enveloppa, parut défaillir, retomba sur le divan et y demeura tout affaissée.
Le duc, la laissant durement dans cette attitude, croisa ses bras sur sa poitrine, et commença de marcher à grands pas d'un bout à l'autre du salon. Sa femme le suivait d'un regard inquiet et suppliant. Dix minutes se passèrent, pendant lesquelles on n'entendit d'autre bruit que le pas lourd du duc sur le tapis; puis il fit brusquement un détour et vint au divan. La jeune duchesse se leva par un mouvement d'une roideur convulsive. Il lui prit les mains, la regarda en face, et lui dit de sa voix sonore, un peu brisée par l'émotion:
— Vous êtes une honnête femme!… Je vous remercie.
La pauvre Blanche, sur ces paroles, cria faiblement comme un enfant, et, se suspendant au cou de son mari, elle palpita et sanglota longtemps sur son coeur. Le duc, pendant cette scène, essuyait du bout de son doigt, à la dérobée, quelques larmes qui glissaient sur son mâle visage. Puis, après un instant:
— Je vous laisse, dit-il, ma chère petite, il faut nous calmer tous deux; mais cela est bien entendu, je vous emmènerai.
— Toujours? murmura Blanche.
— Toujours.
Et il sortit.
A peine seule, la jeune duchesse se jeta à genoux devant son divan, et, dressant vers le ciel son gracieux visage, qui souriait et pleurait tout à la fois, elle remercia Dieu du bonheur dont elle sentait son âme inondée. Elle fut le reste du jour en paradis.