M. de Sauves, qui était debout à quelque distance, aspira l'air avec force.

— Vous ne l'êtes donc pas? dit-il en attachant sur elle un regard sérieux.

— Pas tout à fait, reprit Blanche. Je suis bien jeune pour être seule aussi souvent que je le suis. J'ai besoin de beaucoup d'affection… Ma vie n'est pas assez occupée de ce côté;… il y a des vides que j'ai peine à remplir.

— Ah! dit le duc d'un ton d'impatience, nous voilà dans le roman, n'est-ce pas?… Et vos enfants, n'est-ce plus rien déjà?

— Je les adore… Mais croyez-moi, mon ami, cela ne suffit pas à remplir un coeur de mon âge.

— Je n'entends rien à ces subtilités! s'écria le duc. Si vous n'êtes pas heureuse dans votre situation, vous êtes radicalement injuste envers le ciel et envers moi! Vos infortunes sont de pures fantaisies littéraires, et je n'y remédierais nullement en y cédant… Je ne me donnerai ni le ridicule ni l'ennui de vous traîner après moi deux fois la semaine à la campagne… comme une cantinière! Cela est absurde! cela ne sera pas!

La jeune duchesse, après une pause de recueillement pénible, leva vers son mari ses yeux humides.

— Mon ami, dit-elle à demi-voix, comprenez-moi bien, je vous en prie: il faut que cela soit!

Le duc de Sauves marcha sur elle lentement, et s'arrêtant à deux pas:

— Ah çà! dit-il avec gravité, qu'est-ce qu'il y a donc?