— Eh bien, mon bon Pierre, reprit la baronne, nous parlions de Julia, et je disais à ma fille et à mon gendre qu'il était vraiment très-heureux qu'elle voulût bien être une sainte, attendu qu'autrement elle mettrait Paris en combustion.
— Parce que? demanda le comte.
— Parce qu'elle est belle comme le péché!
— Mais sans doute, elle est très-bien, dit le comte assez froidement.
La baronne étant allée faire quelques courses avec Clodilde,
M. de Moras resta seul avec Lucan.
— Il me semble vraiment, lui dit-il, qu'on est bien dur pour cette pauvre Julia.
— Comment?
— Sa grand'mère en parle comme d'une créature perverse!… Et qu'est-ce qu'on lui reproche, après tout? Son culte pour la mémoire de son père! Il est excessif, soit; mais la piété filiale, même exagérée, n'est pas un vice, que je sache. Ses sentiments sont exaltés; qu'importe, s'ils sont généreux? Est-ce une raison pour la vouer aux dieux infernaux et la plonger dans les oubliettes?
— Mais vous êtes étrange, mon ami, je vous assure, dit Lucan. Qu'est-ce qui vous prend? à qui en avez-vous? Vous n'ignorez pas que Julia entre en religion de son plein gré, que sa mère en est désolée, et qu'elle n'a rien épargné pour l'en détourner. Quant à moi, je n'ai aucune raison de l'aimer: elle m'a causé et me cause encore de grands chagrins; mais vous savez assez que j'étais prêt à la recevoir comme ma fille, si elle eût daigné nous revenir…
— Oh! je n'accuse ni sa mère ni vous, bien entendu; c'est la baronne qui m'irrite; elle est absurde, elle est dénaturée! Julia est sa petite-fille, après tout, et elle jubile, elle jubile positivement à la pensée de la voix religieuse!