Clodilde et Julia n'avaient pas encore paru. Lucan alla faire un tour dans le jardin pour respirer encore une fois la paix de sa chère solitude, en attendant les orages prévus. A l'extrémité d'un berceau de charmille, il aperçut le comte de Moras, le bras appuyé sur le piédestal d'une vieille statue et les yeux fixés sur le sol. M. de Moras n'avait jamais été un rêveur; mais, depuis son arrivée au château, il avait, dans plus d'une occasion déjà, laissé voir à Lucan des dispositions mélancoliques très-étrangères à son naturel. Lucan s'en inquiétait; cependant, comme il n'aimait pas lui même qu'on forçât sa confidence, il s'était abstenu de l'interroger.

Ils prirent la main en s'abordant.

— Vous êtes revenus tard cette nuit? demanda le comte.

— Vers trois heures.

— Oh! povero!… A propos, merci de votre complaisance pour
Julia… Comment a-t-elle été pour vous?

— Mais… bien, dit Lucan. — Un peu singulière, comme toujours.

— Oh! singulière… va de soi!

Il sourit assez tristement, prit le bras de Lucan, et, l'entraînant dans les dédales de charmille:

— Voyons, mon cher, lui dit-il d'une voix contenue, entre nous deux, qu'est-ce que c'est que Julia?

— Comment, mon ami?