— Oui, — mon cher! — dit-elle en accentuant ironiquement le dernier mot.
Puis elle lança son cheval au galop.
On touchait alors à la lisière des bois. Il la vit bientôt quitter la route directe qui les traversait et prendre un sentier à travers la bruyère comme pour se jeter en pleine futaie. Au même instant, Clodilde accourut près de lui, et, lui touchant l'épaule du bout de sa cravache:
— Où va donc Julia? dit-elle vivement.
Lucan répondit par un geste vague et par un sourire.
— Je suis sûre, reprit Clodilde, qu'elle va boire à cette fontaine là-bas… Elle se plaignait tout à l'heure d'avoir soif… Suivez-la, mon ami, je vous en prie, et empêchez-la… Elle a si chaud!… Cela peut être mortel… Courez, je vous en supplie!
M. de Lucan rendit la main à son cheval, qui partit comme le vent. Julia avait disparu sous le couvert du bois. Il suivit sa trace; mais sous la futaie les racines et la pente du terrain ralentirent un peu sa marche. À quelque distance, dans une clairière étroite, le travail des siècles et les filtrations du sol avaient creusé une de ces fontaines mystérieuses dont l'eau limpide, les parois revêtues de mousse et l'air de profonde solitude enchantent l'imagination, et en ont fait jaillir tant de poétiques légendes. Quand M. de Lucan put apercevoir de nouveau Julia à travers les arbres, elle avait mis pied à terre. Son cheval, admirablement dressé, demeurait immobile à deux pas, broutant le feuillage, pendant que sa maîtresse, à genoux et penchée sur le bord de la fontaine, buvait dans ses mains.
— Julia, je vous en prie! dit M. de Lucan en élevant la voix.
Elle s'était relevée par une sorte de bondissement léger: elle le salua gaiement.
— Trop tard, monsieur! dit-elle; mais je n'ai bu que quelques gouttes, quelques petites gouttes seulement, je vous jure!