— Ce ne sont pas vos paroles, c'est votre air, votre ton… Monsieur George, permettez-moi de m'expliquer franchement avec vous: avez-vous peur de devenir amoureux de madame de Palme?
— Nullement, madame.
— Avez-vous envie qu'elle devienne amoureuse de vous?
— Pas davantage, je vous assure.
— Eh bien, faites-moi un plaisir: mettez pour aujourd'hui votre amour-propre de côté, et accompagnez madame de Palme à la chasse.
— Madame!
— Le conseil vous paraît singulier; mais vous pouvez croire que je ne vous le donne pas sans y avoir réfléchi. L'éloignement que vous témoignez à madame de Palme est précisément ce qui attire vers vous cette enfant impérieuse et gâtée. Elle s'irrite et s'obstine contre une résistance à laquelle on ne l'a point accoutumée. Ayez l'humilité de lui céder. Faites cela pour moi.
— Sérieusement, madame, vous pensez…?
— Je pense, reprit en riant la vieille dame, ne vous en déplaise, que vous perdrez votre principal mérite à ses yeux aussitôt qu'elle vous verra subir son joug comme tout le monde.
— En vérité, madame, vous me présentez les choses sous un point de vue tout nouveau. Jamais je n'ai conçu la pensée d'attribuer les taquineries de madame de Palme à un sentiment dont j'eusse lieu de me glorifier.