— Dieu m'en garde! mais je crains que vous ne vous priviez, par bonté pour moi, d'un plaisir que vous aimez — et qui vous aime.

— Non! je sais fort bien que je vous recherche et que vous me fuyez. C'est assez absurde aux yeux du monde, mais cela m'est fort égal. Pour ce soir, du moins, j'entends m'amuser comme je le voudrai. Je vous défends de troubler mon bonheur. Je suis vraiment très-heureuse. J'ai tout ce qu'il me faut: de belles fleurs, de bonne musique autour de moi, et un ami à mon bras. Seulement, et c'est un point noir dans mon ciel bleu, je suis beaucoup plus sûre de la musique et des fleurs que de l'ami.

— Vous avez grand tort.

— Expliquez-moi donc votre conduite, une fois pour toutes. Pourquoi ne voulez-vous jamais causer sérieusement avec moi? pourquoi refusez-vous obstinément de me dire un seul mot qui sente la confiance, l'intimité, l'amitié enfin?

— Veuillez y réfléchir une minute, madame: où cela nous mène-t-il?

— Qu'est-ce que cela vous fait? Cela nous mène où cela peut.
Il est plaisant que vous vous en préoccupiez plus que moi!

— Voyons, quelle idée auriez-vous de moi si je vous faisais la cour?

— Je ne vous demande pas de me faire la cour, dit-elle vivement.

— Non, madame; mais c'est pourtant la tournure que prendrait infailliblement mon langage, s'il cessait un instant d'être frivole et banal. Eh bien, avouez qu'il y a un homme au monde qui ne pourrait vous faire la cour sans s'attirer votre mépris, et que je suis cet homme-là. Je ne vous dirai pas que je sois très-satisfait de m'être mis dans une telle situation vis-à-vis de vous; mais enfin j'y suis, et je ne saurais l'oublier.

— C'est beaucoup de raison!