— Eh bien, monsieur, m'a-t-elle dit d'une voix presque éteinte, Dieu n'a point béni notre sagesse!
— Madame, nos coeurs lui sont ouverts;… il a dû lire notre sincérité… Il voit ce que je souffre; d'ailleurs, j'espère humblement qu'il me pardonne.
— N'en doutez pas,… n'en doutez pas, a-t-elle repris d'un accent brisé. Mais elle! elle!… Ah! pauvre enfant!
— Ayez pitié d'elle, madame. Ne l'abandonnez pas. Adieu!
Je l'ai quittée à la hâte, et je suis parti; mais, au lieu de m'acheminer vers le bourg de ***, je me suis fait conduire sur la route de l'abbaye jusqu'au haut des collines; j'ai prié le cocher d'aller seul au bourg et de revenir me prendre demain de grand matin à la même place. Mon ami, je ne puis t'expliquer la tentation bizarre et irrésistible qui m'a pris de passer une dernière nuit dans cette solitude où j'ai été si tranquille, si heureux, et il y a si peu de temps, mon Dieu!
Me voici donc dans ma cellule. Qu'elle me paraît froide, sombre et triste! Le ciel aussi s'est mis en deuil. Depuis mon arrivée dans ce pays et malgré la saison, je n'avais vu que des jours et des nuits d'été. Ce soir, un glacial ouragan d'automne s'est déchaîné sur la vallée; le vent siffle dans les ruines et en arrache des fragments qui tombent lourdement sur le sol. Une pluie violente bat mes vitraux. Il me semble qu'il pleut des larmes!
Des larmes! j'en ai le coeur rempli,… et pas une ne veut monter jusqu'à mes yeux! — J'ai prié pourtant, j'ai prié Dieu longuement, — non pas, mon ami, ce Dieu insaisissable que nous poursuivons vainement au delà des étoiles et des mondes, mais le seul Dieu vraiment secourable aux affligés, le Dieu de mon enfance, — le Dieu de cette pauvre femme!
Ah! je ne veux plus songer qu'à mon retour près de toi. Après-demain, mon ami, et peut-être avant que cette lettre
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Viens, Paul! Si tu peux quitter ta mère, viens, je t'en supplie, viens me soutenir. Dieu me frappe!