Une rencontre étant malheureusement devenue inévitable entre ces deux messieurs, nous dûmes emmener avec nous les deux amis qui accompagnaient Mauterne, MM. de Quiroy et Astley, ce dernier Anglais. M. George nous précéda au château. Le choix des armes appartenait, sans aucun doute possible, à notre adversaire. Cependant, ayant remarqué que ses deux témoins semblaient hésiter, avec une sorte d'indifférence ou de circonspection, entre l'épée et le pistolet, je pensai que nous pourrions, avec un peu d'adresse, faire pencher leur décision dans le sens qui nous serait le moins défavorable. Nous prîmes donc préalablement, M. de Breuilly et moi, l'avis de M. George. Il se prononça immédiatement pour l'épée.
— Mais, lui fit observer M. de Breuilly, vous tirez fort bien le pistolet: je vous au vu à l'oeuvre. Etes-vous sûr d'être plus habile à l'épée? Ne vous y trompez pour Dieu pas, ceci est un combat à mort!
— J'en suis convaincu, répondit-il en souriant; mais je tiens beaucoup à l'épée, autant que cela sera possible.
Sur l'expression d'un désir si formel, nous ne pouvions que nous croire heureux d'obtenir le choix de cette arme. Il fut effectivement résolu, et la rencontre fixée au lendemain neuf heures.
Pendant le reste de la journée, M. George montra une liberté d'esprit et même par intervalles une gaieté dont nous fûmes tout surpris, et que madame de Malouet en particulier ne savait comment s'expliquer. Ma pauvre femme ignorait, bien entendu, ces derniers événements.
A dix heures, il se retira, et je vis encore de la lumière chez lui deux heures plus tard. Poussé par ma vive affection et par je ne sais quelle inquiétude vague dont j'étais poursuivi, j'entrai vers minuit dans sa chambre; je le trouvai fort tranquille: il venait d'écrire et apposait son cachet sur quelques enveloppes.
— Voilà! me dit-il en me mettant ces papiers dans la main. A présent, le plus fort est fait, ajouta-t-il, et je vais dormir comme un bienheureux.
Je crus devoir lui donner encore quelques conseils techniques sur le jeu de l'arme dont il devait bientôt se servir. Il m'écouta avec distraction; puis, avançant son bras tout à coup :
— Voyez mon pouls, dit-il.
Je lui obéis, et je m'assurai que son calme et son animation n'avaient rien d'affecté ni de fébrile.