— Ceci est une infâme lâcheté!

M. George, qui, au moment de la rencontre, avait pâli et détourné légèrement la tête, regarda vivement M. de Breuilly:

— Quoi donc, monsieur? de quoi parlez-vous?

— De l'insolence de ce fat!

J'interpellai M. de Breuilly avec force, lui reprochant sa manie querelleuse, et affirmant qu'il n'y avait eu trace de provocation ni dans l'attitude ni sur les traits de M. de Mauterne, lorsqu'il avait passé près de nous.

— Allons, mon ami, reprit M. de Breuilly, vous avez fermé les yeux — ou vous avez dû voir, comme je l'ai vu, que le misérable a ricané en regardant monsieur! Je ne sais pas pourquoi vous voulez que monsieur supporte une insulte que ni vous ni moi ne supporterions!

Cette malheureuse phrase n'était pas achevée, que M. George avait mis son cheval au galop.

— Es-tu fou? dis-je à Breuilly, qui essayait de me retenir, — et que signifie cette invention-là?

— Mon ami, me répondit-il, il fallait distraire cet enfant à tout prix.

Je haussai les épaules, je me dégageai, et je m'élançai sur les pas de M. George; mais, étant mieux monté que moi, il avait pris une avance considérable. J'étais encore à une centaine de pas, quand il joignit M. de Mauterne, qui s'était arrêté en l'entendant venir. Il me sembla qu'ils échangeaient quelques paroles, et je vis presque aussitôt la cravache de M. George fouetter à plusieurs reprises et avec une sorte d'acharnement le visage de M. de Mauterne. Nous arrivâmes seulement à temps, M. de Breuilly et moi, pour empêcher que cette scène ne prît un odieux caractère.