— Eh bien, Alain, lui dis-je, voilà une belle journée. Vous êtes-vous promené aujourd'hui?
— Oui, monsieur, ce matin, avec mademoiselle.
— Ah! vraiment?
— Monsieur nous a bien vus passer?
— Il est possible, Alain. Oui, je vous vois quelquefois passer… Vous avez bonne mine à cheval, Alain.
— Monsieur est trop obligeant. Mademoiselle a meilleure mine que moi.
— C'est une jeune fille très belle.
— Oh! parfaite, monsieur, et au dedans comme au dehors, ainsi que madame sa mère. Je dirai à monsieur une chose. Monsieur sait que cette propriété appartenait autrefois au dernier comte de Castennec, que j'avais l'honneur de servir. Quand la famille Laroque acheta le château, j'avouerai à monsieur que j'eus le coeur un peu gros, et que j'hésitai à rester dans la maison. J'avais été élevé dans le respect de la noblesse, et il m'en coûtait beaucoup de servir des gens sans naissance. Monsieur a pu remarquer que j'éprouvais un plaisir particulier à lui rendre mes devoirs: c'est que je trouve à monsieur un air de gentilhomme. Etes-vous bien sûr de n'être pas noble, monsieur?
— Je le crains, mon pauvre Alain.
— Au reste, et c'est ce que je voulais dire à monsieur, reprit Alain en s'inclinant avec grâce, j'ai appris au service de ces dames que la noblesse des sentiments valait bien l'autre, et en particulier celle de M. le comte de Castennec, qui avait le faible de battre ses gens. Dommage pourtant, monsieur, disons-le, que mademoiselle ne puisse épouser un gentilhomme d'un beau nom. Il ne manquerait plus rien à ses perfections.