— Mais il me semble, Alain, qu'il ne tient qu'à elle.

— Si monsieur veut parler de M. de Bévallan, il ne tient qu'à elle en effet, car il l'a demandée il y a plus de six mois. Madame ne paraissait pas trop contraire au mariage, et de fait M. de Bévallan est après les Laroque le plus riche du pays; mais mademoiselle, sans se prononcer positivement, a voulu prendre le temps de la réflexion.

— Mais si elle aime M. de Bévallan, et si elle peut l'épouser quand elle voudra, pourquoi est-elle toujours triste et distraite comme on la voit?

— C'est une vérité, monsieur, que depuis deux ou trois ans mademoiselle est changée. Autrefois c'était un oiseau pour la gaieté; maintenant on dirait qu'il y a quelque chose qui la chagrine: mais je ne crois pas, sauf respect, que ce soit son amour pour ce monsieur.

— Vous ne paraissez pas fort tendre vous-même pour M. de Bévallan, mon bon Alain. Il est d'excellente noblesse pourtant…

— Ca ne l'empêche pas d'être un mauvais gars, monsieur, qui passe son temps à débaucher les filles du pays. Et si monsieur a des yeux, il peut voir qu'il ne se gênerait pas pour faire le sultan dans le château, en attendant mieux.

Il y eut une pause silencieuse, après laquelle Alain reprit:

— Dommage que monsieur n'ait pas seulement une centaine de mille francs de rente.

— Et pourquoi cela, Alain?

— Parce que… dit Alain en hochant la tête d'un air songeur.