— Je croyais, murmura-t-elle, que vous alliez vous mettre à la nage!
— Oh! à la nage! dit M. de Bévallan; permettez, mademoiselle… D'abord je ne suis pas en costume de natation… ensuite je vous avouerai que je ne sais pas nager.
— Si vous ne savez pas nager, répliqua la jeune fille d'un ton sec, il importe assez peu que vous soyez ou non en costume de natation!
— C'est parfaitement juste, dit M. de Bévallan avec une amusante tranquillité; mais vous ne tenez pas particulièrement à ce que je me noie, n'est-ce pas? Vous voulez votre mouchoir, voilà la but. Du moment que j'y arriverai, vous serez satisfaite, n'est-il pas vrai?
— Eh bien, allez, dit la jeune fille en s'asseyant avec résignation; — allez couper votre gaule, monsieur.
M. de Bévallan, qu'il n'est pas très facile de décontenancer, disparut alors dans un fourré voisin, où nous entendîmes pendant un moment craquer des branchages; puis il revint armé d'un long jet de noisetier qu'il se mit à dépouiller de ses feuilles.
— Est-ce que vous comptez atteindre l'autre rive avec ce bâton, par hasard? dit mademoiselle Marguerite, dont la gaieté commençait manifestement à s'éveiller.
— Laissez-moi faire, laissez-moi donc faire, mon Dieu! reprit l'imperturbable gentilhomme.
On le laissa faire. Il acheva de préparer sa gaule, après quoi il se dirigea vers la barque. Nous comprîmes alors que son dessein était de traverser la rivière en bateau au-dessus de la chute, et, une fois sur l'autre bord, de harponner le mouchoir, qui n'en était pas très éloigné. A cette découverte, il n'y eut dans l'assistance qu'un cri d'indignation, les dames en général aimant fort, comme on sait, les entreprises dangereuses — pour les autres.
— Voilà une belle invention vraiment! Fi! fi! monsieur de
Bévallan!