GASTON.
Mais rien… c'est-à-dire, j'ai bien remarqué que ta mère était un peu bizarre; elle était charmante, ta mère… mais elle paraissait triste, elle vivait très-retirée, et affectait même dans sa toilette une simplicité extrême, presque religieuse.
MAXIME.
Oui, et cependant elle avait, dans sa première jeunesse, aimé le monde avec passion… puis tout à coup nous l'avions vue s'en détacher et se vouer à une vie de réclusion, de solitude, d'où les instances de mon père, qu'elle adorait pourtant, ne purent jamais la faire sortir… Tu te rappelles mon père?
GASTON.
Ton père? je crois bien! Quel charmant vieillard! quel feu! quel entrain! toujours le premier au plaisir! un convive admirable, un écuyer sans égal, un causeur éblouissant! un vrai type de gentilhomme!
MAXIME.
Oui, ces brillantes qualités que j'admirais comme toi l'attiraient invinciblement dans toutes les fêtes de la vie mondaine dont il était le héros. Ma mère refusait obstinément de l'y suivre: elle refusa même bientôt de paraître dans son propre salon quand on recevait au château. J'attribuais à ces refus, qui exaspéraient mon père, les scènes pénibles, violentes parfois, dont les échos arrivaient jusqu'à moi. Je croyais la pauvre femme atteinte d'une affection nerveuse, d'une espèce de maladie noire, et mon père, d'ailleurs, me le donnait à entendre. Cependant, mon ami… tu sais que j'ai une soeur beaucoup plus jeune que moi?
GASTON.
Mademoiselle Hélène! Oui.