MAXIME.
Peu de jours après sa naissance, il y a sept ans de cela, mon père m'appela chez lui et me fit part avec un certain embarras d'un désir singulier que manifestait ma mère: c'était de me voir suivre un cours de droit. Alors, pour la première fois, mon ami, la pensée me vint que les goûts mondains de mon père, sa répugnance et son dédain pour le côté positif et ennuyeux de la vie avaient pu introduire dans notre fortune quelque secret désordre; peut-être, me disais-je, ma mère veut-elle que je sois en état de suppléer à la négligence de mon père, de réparer ses erreurs.
GASTON.
Eh bien?
MAXIME.
Je ne pus m'arrêter à cette idée… j'avais bien, à la vérité, entendu mon père se plaindre parfois des désastres que notre fortune avait subis pendant la révolution, mais ces plaintes m'avaient toujours paru assez injustes. Tu as vu toi-même quelle était notre situation, notre genre de vie.
GASTON.
Mais c'était tout ce qu'il y avait de plus confortable. Un hôtel à Paris, un château seigneurial, des écuries immenses peuplées de chevaux de prix.
MAXIME.
Cependant, j'obéis à ma mère, je fis mon droit; mais en même temps je commençai, j'avais vingt ans, à la fuir, à l'éviter… elle était toujours souffrante, et malheur à ceux qui souffrent toujours! oui, cette pauvre femme qui m'aimait tant, et que j'aimais aussi, je t'assure, je l'abandonnai chaque jour davantage; nous nous disions, mon père et moi, qu'elle n'était pas malade, qu'elle avait des manies. Nous n'étions jamais si heureux que quand nous nous élancions hors de cette pauvre maison où languissait cette malade éternelle! Allons, Maxime, criait gaiement mon père, un temps de galop!… et nous courions!… Un jour en recevant d'une de ces courses, nous trouvâmes… elle était morte, mon ami, me laissant un remords qui ne finira pas! (Il se lève.)