LAUBEPIN.

Et mademoiselle Hélène de Champcey?

MAXIME.

Elle va bien, elle est toujours ici, dans sa pension. La pauvre enfant ignore nos désastres; moi-même, monsieur Laubépin, vous le savez, je n'en connais pas exactement l'étendue, et c'est de votre bouche…

LAUBEPIN.

Pardon, monsieur le marquis, mais il entre dans mes habitudes de procéder avec méthode.

MAXIME.

Ah! veuillez vous asseoir, Monsieur. (Ils s'asseoient à droite1 [1. Laubépin, Maxime.].)

LAUBEPIN.

Ce fut, monsieur, en l'année 1820, que mademoiselle Louise-Hélène Dugald Delatouche d'Erouville fut recherchée en mariage par Charles-Christian Odiot, marquis de Champcey d'Hauterive. Vous n'ignorez pas, Monsieur, que j'étais enchaîné à la famille Dugald Delatouche par les liens d'un dévouement en quelque sorte héréditaire, et que, de plus, la jeune héritière de cette maison m'avait inspiré, par ses aimables vertus, une affection aussi profonde que respectueuse. Je dus employer tous les arguments de la raison pour détourner mademoiselle Dugald de la funeste alliance qui lui était proposée. Je dis funeste alliance, Monsieur, parce que tout en rendant justice aux qualités chevaleresques et trop séduisantes qui distinguaient monsieur le marquis de Champcey, comme tous ceux de sa maison, j'apercevais déjà clairement sous ces dehors brillants l'irréflexion et la frivolité obstinées, la fureur du plaisir, et finalement le barbare égoïsme…