LAUBEPIN, qui ne cesse d'observer Maxime avec une attention marquée.

Ah! — soit, monsieur le marquis; mais comme en ce cas vous restez absolument sans ressources, puis-je vous demander, à titre confidentiel et respectueux, si vous avez avisé à quelque moyen d'assurer votre existence et celle de votre soeur et pupille?

MAXIME.

Mon Dieu! Monsieur, tous mes projets sont bouleversés, je vous l'avoue. Je ne m'attendais pas à ce complet dénûment. Si j'étais seul au monde, je me ferais soldat; mais j'ai ma soeur. Je ne puis souffrir le pensée de la voir condamnée au travail, aux privations, aux dangers de la pauvreté. Elle est heureuse dans sa pension; elle est assez jeune pour y demeurer quelques années encore. Si je pouvais trouver quelque occupation qui me permît, en me réduisant moi-même à l'existence la plus étroite, de payer la pension de ma soeur, et de lui amasser une dot, je serais heureux!…

LAUBEPIN.

Ah! — dans notre cadre social, monsieur le marquis, une occupation assez lucrative pour répondre à vos honorables attentions, ne se trouve guère du jour au lendemain… Heureusement j'ai à vous communiquer quelques propositions qui, sans aucun effort de votre part, sont de nature à modifier votre situation. En premier lieu, je serai près de vous l'interprète d'un spéculateur riche et influent; cet individu a conçu l'idée d'une entreprise considérable qui doit réussir surtout par le concours de la classe aristocratique de ce pays. Il pense qu'un nom comme le vôtre, monsieur le marquis, figurant en tête de son prospectus, aiderait puissamment à lancer l'entreprise.

MAXIME.

Oui, vraiment?

LAUBEPIN.

Il vous offre, en retour d'une facile complaisance, d'abord une forte prime, ensuite…