Dans la soirée, une heure arriva où la réserve qui, depuis quelque temps, avait marqué leurs relations fut oubliée. M. de Camors se retrouva comme autrefois aux pieds de la jeune marquise, les yeux dans ses yeux, couvrant de baisers ses mains éblouissantes. Elle était étrange ce soir-là. Elle le regardait avec une tendresse exaltée, versant comme à plaisir dans ses veines les philtres les plus brûlants de la passion; puis elle lui échappait, et des larmes jaillissaient de ses yeux. Tout à coup, par un de ces mouvements de magicienne qu'elle avait, elle enveloppa de ses cheveux la tête de son amant avec la sienne, et lui parlant tout bas sous l'ombre de ce voile parfumé:
—Nous pourrions être si heureux! dit-elle.
—Ne le sommes-nous pas? dit Camors.
—Non… moi, du moins… car vous n'êtes pas tout à moi comme je suis toute à vous… Cela me paraît plus dur encore maintenant que je suis libre… Si vous étiez resté libre vous-même… Quand j'y songe!… ou si vous pouviez le devenir… ce serait le ciel!
—Vous savez que je ne le suis pas… Pourquoi parler de cela?
Elle s'approcha encore, et, de son souffle plutôt que de sa voix:
—Est-ce que c'est impossible, dites?
—Comment? demanda-t-il.
Elle ne répondit pas; mais son regard fixe, caressant et cruel répondit.
—Parlez donc, je vous prie, murmura Camors.