Quand il vint chez elle le lendemain, elle ne put être surprise de l'abattement dont sa physionomie était empreinte, et qu'elle attribuait à la secousse qu'il avait éprouvée dans la nuit; mais, lorsqu'elle lui parla de leur prochain départ, elle fut étonnée et même alarmée de sa réponse:
—Différons un peu, je vous prie, lui dit-il; je ne me sens pas en état de voyager.
Les jours se passèrent. Il ne fit plus aucune allusion à ce voyage. Il était sombre, silencieux, glacial. L'ardeur active et comme fiévreuse qui avait animé jusque-là sa vie, son langage, ses yeux, était brusquement tombée. Un symptôme qui inquiéta la marquise entre tous, ce fut le désœuvrement absolu auquel il s'abandonna. Il la quittait le soir de bonne heure. Daniel dit à la marquise que le comte ne travaillait pas et qu'il l'entendait marcher une partie de la nuit. En même temps, sa santé s'altérait visiblement.
La marquise se décida un jour à l'interroger. Comme ils se promenaient tous deux dans le parc:
—Vous me cachez quelque chose, lui dit-elle. Vous souffrez, mon ami… qu'avez-vous?
—Je n'ai rien.
—Je vous en prie.
—Je n'ai rien, répéta-t-il avec plus de force.
—Est-ce votre fils que vous regrettez?
—Je ne regrette rien.