Après quelques pas faits en silence:
—Quand je pense, reprit-il subitement, qu'il y a quelqu'un au monde qui m'a traité de lâche… car j'entends toujours ce mot-là à mon oreille!… qui m'a traité de lâche… et qui le croit comme il l'a dit… et qui le croira toujours!… Si c'était un homme, cela irait tout seul! mais c'est une femme!
Après cette explosion soudaine, il se tut.
—Eh bien, que voulez-vous, que demandez-vous? dit la marquise avec une sorte d'emportement. Voulez-vous que j'aille lui dire la vérité?… lui dire que vous étiez prêt à la défendre contre moi?… que vous l'aimez et que vous me haïssez? Si c'est là ce que vous voulez, dites-le!… Je crois que j'en serais capable, tant cette vie devient impossible!
—Ne m'outragez pas à votre tour, dit-il vivement. Congédiez-moi, si cela vous plaît, mais je n'aime que vous… Ma fierté saigne, voilà tout!… Et je vous donne ma parole que, si jamais vous me faisiez l'affront d'aller me justifier, je ne reverrais de ma vie ni vous ni elle!… Embrasse-moi.
Il la pressa contre son cœur, et elle se calma pour quelques heures.
Cependant la maison qu'il avait louée allait cesser d'être libre, le propriétaire revenant l'habiter. Le milieu de décembre approchait alors, et c'était le moment où la marquise avait l'usage de retourner à Paris. Elle proposa à M. de Camors de le loger au château pendant le peu de jours qu'ils devaient encore passer à la campagne. Il accepta; mais, quand elle lui parla de Paris:
—Pourquoi si tôt? lui dit-il; ne sommes-nous pas bien là?
Un peu plus tard, elle lui rappela que la session de la Chambre allait s'ouvrir. Il prétexta sa santé, qu'il sentait atteinte, disait-il, et voulut envoyer sa démission de député. Elle obtint à force de prières qu'il se contentât de demander un congé.
—Mais vous, ma chère, lui dit-il, je vous condamne là à une triste existence.