L'homme le regarda en face, murmura quelques mots indistincts, et le frappa soudain au visage avec une telle force, qu'il l'envoya culbuter contre la muraille. Il y eut un mouvement parmi les jeunes gens comme s'ils allaient se précipiter sur la barbe grise.
—Que personne ne le touche! dit vivement Camors. Tiens, mon brave, voilà tes cent francs!
—Garde-les, dit l'autre; je suis payé!
Et il s'éloigna.
—Bravo, Bélisaire! cria Camors.—Ma foi, messieurs, je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je suis réellement enchanté de cette petite fête… Je vais y rêver! Bonjour, mesdames!… Au revoir, prince.
Un fiacre matinal traversait la rue. Il s'y jeta et se fit conduire à son hôtel, rue Barbet-de-Jouy. La porte de la cour était ouverte; un reste d'ivresse l'empêcha de remarquer un groupe de domestiques et de voisins qui stationnait en désordre devant les écuries. Ces gens firent brusquement silence en l'apercevant et le regardèrent passer en échangeant de muettes démonstrations de sympathie et de compassion.
Il occupait le second étage de l'hôtel. Comme il montait l'escalier, il se trouva tout à coup en face du valet de chambre de son père. Cet homme était fort pâle: il tenait un pli cacheté qu'il lui présenta d'une main tremblante.
—Qu'est-ce que c'est donc, Joseph? dit Camors.
—C'est une lettre que M. le comte a laissée pour monsieur… avant de partir.
—Avant de partir?… Mon père est parti?… Où cela? Comment?…
Pourquoi pleurez-vous?…