—Emmenez-la donc, monsieur, cria le vieux médecin.
Camors la poussa doucement hors de la hutte et la suivit.
Elle lui prit le bras, et ils descendirent dans le creux du vallon pour joindre le sentier qui conduisait à l'habitation du comte de Tècle. Elle était séparée du bois par vingt minutes de route. Ils avaient fait environ la moitié de ce chemin sans qu'une seule parole eût été échangée entre eux. Une ou deux fois, quand quelques rayons de lune perçaient les nuages, Camors crut la voir essuyer une larme du bout de son gant. Il la guidait avec précaution dans les ténèbres, quoique la démarche légère de la jeune femme fût à peine ralentie par l'obscurité. Son pas souple et relevé foulait sans bruit les feuilles tombées, évitant sans secousses les ornières et les mares, comme si elle eût été douée d'une clairvoyance magique. Quand deux sentiers se croisaient et que M. de Camors semblait indécis, elle lui indiquait la route par une faible pression du bras.
Tous deux sans doute étaient embarrassés de leur silence. Ce fut madame de Tècle qui le rompit:
—Vous avez été bien bon, ce soir, monsieur, dit-elle d'une voix basse et un peu tremblante.
—Je vous aime tant! dit le jeune homme.
Il avait prononcé ces simples paroles d'un accent si profond et si passionné, que madame de Tècle tressaillit et s'arrêta sur place.
—Monsieur de Camors!
—Quoi, madame? demanda-t-il d'un ton étrange.
—Mon Dieu!… au fait… rien! reprit-elle; car ceci est une déclaration d'amitié, je suppose, et votre amitié me fait plaisir.