Un jour, durant ces préliminaires interminables qui donnèrent à mon mariage de si beaux présages d’union et de bonheur, un jour qu’ils étaient, elle, à bout d’arguments, lui, à bout de gestes approbatifs, ma mère se tournant vers moi, s’écria :
— Et toi ?… Pourquoi ne dis-tu rien ?… Mais dis donc quelque chose !… Tu es là comme une borne !… C’est tout ton avenir qui s’engage, c’est toute ta vie qui se discute !… Et tu ne dis rien !… Et tu n’oses pas ouvrir la bouche !… Et tu n’es même pas à la conversation !… Et tu nous regardes comme des curiosités !… Voyons, dis quelque chose !…
Je ne savais que dire… Tout cela m’écœurait profondément… Je répondis :
— Ça m’est égal ! Tout m’est égal !
— Tais-toi, alors ! fit ma mère.
Enfin, au bout d’un mois, elle finit par arracher aux vieux amis, outre le trousseau, une somme de cinq mille francs, et le piano. Et j’entends encore le père de Rosalie balbutier, dans une affreuse grimace, et d’une voix de vaincu…
— Vous me saignez aux quatre membres… Et qu’est-ce que je ferai de mon salon, désormais ? Ça n’est pas bien, pour de vieux amis, de nous prendre ainsi à la gorge !… surtout quand vous savez que le commerce ne va pas !…
Je passe sur la cérémonie du mariage, sur la toilette blanche et sur le voile blanc, et la figure si pauvre, si grise, si effacée de Rosalie, dans le nuage nuptial… Et je passe aussi, sur le landau et le repas dans une gargote de la banlieue !… Ce fut simplement hideux.
Et j’arrive au moment où, pénétrant dans la chambre qui nous avait été préparée, je l’aperçus, couchée dans un lit, et sa tête — oh ! sa tête anxieuse et rêche à la fois — sortant hors des draps !…
J’avais apporté un volume qui, d’ailleurs, ne me quittait jamais… C’étaient les Pensées, de Pascal. Je déposai le volume sur la table de nuit, et, après m’être déshabillé, je me glissai, à mon tour, dans le lit, près de Rosalie…