Ma mère ne put pas achever, tant elle était émue. Et il y avait dans ses petits yeux noirs une flamme étrange… une flamme qui me fit presque pleurer… Et, tout à coup :
— Non… non… criai-je… Je ne veux pas !…
Et je me mis à fondre en larmes… Monsieur Narcisse essaya de me calmer, et j’entendis ma mère qui disait :
— Laissez-le donc ! Monsieur Narcisse… c’est un petit sot !… Vous n’en tirerez rien !… C’est son père tout craché !… Naturellement, il ne veut rien faire pour sa famille… Il aime mieux rester une bête toute sa vie ou que sa famille dépense des mille et des cents pour son éducation.
Enfin, après des explications de toute sorte, malgré ma résistance qui avait d’ailleurs faibli sous les regards sévères de ma mère, il fut décidé que Monsieur Narcisse serait mon professeur, qu’il m’apprendrait le grec, le latin, l’histoire et la tenue des livres — la tenue des livres, surtout !…
Une fois qu’il fut parti, ma mère me flanqua, d’abord, une gifle, puis une autre, puis une autre, et elle me dit, blanche de colère :
— Ah ! je t’apprendrai à pleurer et à faire la bête, devant Monsieur Narcisse ! Et que je te voie le regarder de travers, et le mal recevoir ! Tu auras à faire à moi, petit imbécile…
Et elle ajouta :
— Tu me feras le plaisir d’être levé et prêt, demain, à sept heures, pour ta première leçon… Un professeur comme ça…
Il fut, en effet, mon professeur, Monsieur Narcisse… Et vous allez voir de quelle manière… et ce qu’il m’enseigna.