L’illustre Écrivain. — Si vous m’aimiez… si vous m’étiez une femme dévouée… comment n’avez-vous pas compris cette situation nouvelle ?… Comment n’avez-vous pas senti que vous deviez vous effacer, disparaître… vous auriez évité cette scène pénible… pour moi !…
Mme Beauduit, levant les bras au ciel. — Mon Dieu !… Mon Dieu !…
L’illustre Écrivain. — Car vous me gênez… vous me compromettez… Vous êtes dans toutes mes affaires et dans tous mes succès… On ne voit que vous, partout !… Et, partout, on dit de vous : « Cette solliciteuse… cette raseuse, cette mère au cabas… c’est la vieille maîtresse de l’Illustre Écrivain ! »… Comme c’est gai pour moi, n’est-ce pas ?… Comme ça me donne de la considération !… Comme ça rehausse mon prestige !… (Sur un mouvement de Mme Beauduit.) Oui, mon prestige !… Enfin, voyons, est-ce que vous êtes ma maîtresse, maintenant ?… Est-ce que nous couchons ensemble, maintenant ?… (Il s’anime, s’emporte.) Mais c’est intolérable à la fin !… Vous me gâchez toute ma vie !… Vous êtes le point noir de ma célébrité et de ma réputation !…
Mme Beauduit. — Mon Dieu !… Mon Dieu !…
L’illustre Écrivain. — Grâce à vous, cet édifice de ma fortune, que j’ai eu tant de mal à élever, il peut s’écrouler tout d’un coup !…
Mme Beauduit. — Ah !… Ah !… Ah !…
L’illustre Écrivain. — Comment !… On imprime, partout, dans les journaux sérieux, que je suis : « L’Illustre Écrivain !… » On raconte que je suis fêté, adulé dans le monde… Que les femmes les plus élégantes raffolent de moi… Que les salons les plus difficiles se disputent ma présence… On m’attribue les adultères les plus glorieux… Je suis à la fois quelqu’un comme Balzac et comme Brummel… Tout cela, pour qu’un misérable vienne affirmer, comme hier, dans le Mouvement : « Mais non ! C’est de la blague !… Et l’Illustre Écrivain est collé avec une vieille femme !… »
Mme Beauduit. — Mon Dieu !… Mon Dieu !…
L’illustre Écrivain. — Avez-vous lu cet article ?… L’avez-vous lu ?…
Mme Beauduit. — Mon Dieu !… Mon Dieu !…