Elle sort, furieuse. Le valet de chambre rentre, regarde son maître et hausse les épaules. Il prend le chapeau de l’Illustre Écrivain qu’il lisse avec des foulards.

Le Valet de chambre. — Dans la vie littéraire, l’important n’est pas d’avoir du talent… L’important, c’est d’être classé… Or, Monsieur est classé… Monsieur n’a donc rien à craindre…

L’illustre Écrivain. — Tu crois ?…

Le Valet de chambre. — Mais oui… Monsieur est classé comme « notre éminent et illustre psychologue »… On ne peut rien contre ça !… Et Monsieur n’écrirait plus de livres… Monsieur ferait de l’architecture ou du notariat, qu’il serait toujours et pour tout le monde… « notre éminent et illustre psychologue »… (Tendant le chapeau.) Qu’est-ce que vous voulez qu’elle fasse, la malheureuse ?… Que Monsieur ne s’inquiète pas… et qu’il dorme sur ses deux oreilles… Il y a toujours quelqu’un de plus bête que l’auteur… c’est le public !… Sans ça !…

VI

La chambre de l’illustre Écrivain. L’illustre Écrivain examine tous les détails de la chambre, rassujettit quelques fleurs dans des vases.

L’illustre Écrivain. — Je suis inquiet…

Le Valet de chambre. — De quoi Monsieur peut-il être inquiet ?

L’illustre Écrivain. — Je suis inquiet de savoir quelle est la femme qui va venir tout à l’heure… Tu ne t’en doutes pas, toi ?

Le Valet de chambre. — Oh !… moi… les femmes qui écrivent et qui donnent des rendez-vous à des hommes de lettres, je m’en méfie !…