Il hausse les épaules.
L’illustre Écrivain. — Tu vas, peut-être, nier le charme de l’intellectualité dans la passion !…
Le Valet de chambre. — Je ne nie rien… Seulement, je constate que les femmes ne deviennent intellectuelles que lorsqu’elles n’ont plus de dents, plus de cheveux, plus rien !… Oh ! que Monsieur est jeune, pour un grand homme !… Que Monsieur est naïf, pour un psychologue !…
L’illustre Écrivain, il prend quelques lettres sur la cheminée et les fourre sous le nez de Joseph. — Enfin, ce n’est pas un parfum de vieille femme… Hume-le un peu !… Il y a de la jeunesse dans ce parfum, il y a de l’enthousiasme… il y a… (Étalant les lettres sous les yeux du valet de chambre.) Et cette écriture, preste… leste… agile… et voluptueuse !… Voyons, toi qui te piques de graphologie… est-ce l’écriture d’une femme qui… aurait aimé Voltaire ?
Le Valet de chambre. — Ah ! si Monsieur s’en rapporte au parfum et à l’écriture !
L’illustre Écrivain. — Et ces déclarations ardentes… ces phrases enflammées !…
Le Valet de chambre. — Enfin, ce que j’en dis, ce n’est pas pour décourager Monsieur… c’est pour l’avertir… le mettre en garde contre une surprise possible… probable !… voilà tout… Ce n’est pas moi qui coucherai avec cette dame, n’est-ce pas ?… Du reste…
Il fait un geste mystérieux.
L’illustre Écrivain. — Du reste… quoi ?…
Le Valet de chambre. — Du reste… les vieilles femmes ont quelquefois du bon. Il ne faut pas les dédaigner !… Elles ont de l’expérience… ce qui remplace la beauté… une science de la volupté, ce qui vaut mieux, dans certaines circonstances, que la jeunesse… Le grand Balzac, le prédécesseur de Monsieur, disait qu’on ne devait pas mépriser l’amour des femmes laides et vieilles… que c’était souvent quelque chose d’épatant… parce qu’elles… aiment avec reconnaissance !…