L’illustre Écrivain. — Ah ! tu m’ennuies… Tais-toi ! Ton pessimisme m’agace !…

Le Valet de chambre. — C’est cela !… Que Monsieur rêve à des princesses… à des duchesses… à des fées… Monsieur aura toujours le temps de connaître la réalité !…

Silence… Joseph range quelques meubles… L’illustre Écrivain se promène dans sa chambre, agité, nerveux.

L’illustre Écrivain. — Alors, tu penses qu’il vaut mieux que je la reçoive carrément dans ma chambre à coucher !… Ne trouves-tu pas que c’est un peu vif ?…

Le Valet de chambre. — Puisque c’est par là que ça doit finir… autant commencer par là tout de suite !…

L’illustre Écrivain. — Oui, mais… si c’est une femme timide… poétique… sentimentale ? Elle pourrait s’effaroucher…

Le Valet de chambre. — Pauvre petit oiseau !… Monsieur l’apprivoisera !… Monsieur sait si bien parler aux femmes timides et troublées !… On dit partout de Monsieur qu’il est un confesseur d’âmes !… Avec la voix et la séduction de Monsieur, rien n’est embarrassant !… Ah ! Monsieur est un grand franchisseur d’obstacles. (Il range quelques bibelots par-ci, par-là.) D’ailleurs, Monsieur n’y a pas grand mérite !… (L’Illustre Écrivain se retourne vivement.) Avec la gloire de Monsieur !… avec le génie de Monsieur !… ça les hypnotise toutes !…

L’illustre Écrivain. — Le fait est que j’en ai dompté quelques-unes. (Il regarde la pendule.) Quatre heures !… Mais elle est en retard !… Sapristi, elle est en retard de cinquante minutes !… D’ailleurs, j’aime mieux cela !… Si c’était une vieille femme, elle ne serait pas en retard… elle serait en avance !…

Le Valet de chambre. — Ça ! c’est très juste !… Voilà une observation psychologique qui fait honneur à Monsieur !…

L’illustre Écrivain. — Tu vois bien !