— Et quand même Dreyfus serait innocent ? vociféra-t-il… il faudrait qu’il fût coupable quand même… il faudrait qu’il expiât, toujours… même le crime d’un autre… C’est une question de vie ou de mort pour la société et pour les admirables institutions qui nous régissent !… La société ne peut pas se tromper… Les conseils de guerre ne peuvent pas se tromper… L’innocence de Dreyfus serait la fin de tout !

Alors, le poète se leva, et il dit :

— Je vous parle justice !… Et vous me répondez politique !… Vous êtes de pauvres petits imbéciles !…

Et il s’en alla…

Une bonne affaire.

On me remit une carte sur laquelle je lus :

Anselme Dervaux
Homme de lettres
Chevalier de la Légion d’honneur

— Diable ! pensai-je, l’illustre écrivain Dervaux, Dervaux lui-même chez moi ! Qui me vaut cet honneur ?… Est-ce que, par hasard ?…

Et, sans me livrer davantage à de flatteuses suppositions, à de cordiales hypothèses, j’ordonnai qu’on le fît entrer.

Il entra.