Germaine. — Voyons !… Vous avez été peut-être un peu susceptible, et, peut-être, vous avez mal pris une observation sans importance que vous faisait mon père ?…

Le Jardinier. — Susceptible !… Depuis cinq ans que je sers Monsieur !… Ah ! Mademoiselle, faut-il au contraire, que j’en aie avalé, sans rien dire, des couleuvres !… Car, c’est tous les jours à recommencer !… Quand ce n’est pas une chose, c’en est une autre !… (Silence embarrassé.) Rien ne m’ôtera de l’idée que Monsieur m’en voulait davantage depuis que l’année dernière, le jour de la fête du pays, Monsieur avait voulu faire peindre en tricolore tous les arbres de l’avenue !… Ça, c’est vrai, je n’ai pas pu m’empêcher de dire à Monsieur ce que je pensais là-dessus… Des chênes pareils, et si beaux !… (Encore un petit silence.) Je sais bien que je n’ai pas d’instruction… Pourtant, je connais mon métier, et je l’aime, nom d’une pipe !… Mademoiselle était contente de moi, elle ?

Germaine. — Si j’étais contente de vous ?… vous le savez bien, mon pauvre Victor !

Le Jardinier. — Le petit jardin des clématites…

Germaine. — Ah ! oui ! Il était très joli…

Le Jardinier. — Et le fleuriste ?

Germaine. — Oui ! oui !

Le Jardinier. — Et la roseraie ?

Germaine. — Oui !… oui !… Vous m’aviez appris à écussonner les rosiers…

Le Jardinier. — Et vous, Mademoiselle, vous m’aviez appris à faire des bouquets !… Et tous nos beaux semis de delphiniums !