Germaine. — Parlez-moi avec franchise… Vous pouvez me parler à moi. Ça n’est pas la première fois !

Le Jardinier. — Bien sûr ! Bien sûr ! Mademoiselle comprend les choses. Elle a bon cœur… Elle ne méprise personne. Oui, pour ça !…

Germaine. — Allons !

Le Jardinier. — Eh bien voilà. D’abord, Monsieur est trop exigeant… On ne peut jamais savoir ce que veut Monsieur !… Ainsi une supposition : quand une planche de légumes est à droite, il voudrait qu’elle soit à gauche. Et si elle est à gauche, il tempête pour qu’elle soit à droite. Et ainsi de suite !… Monsieur vous ferait quasiment tourner en bourrique, sauf vot’ respect, Mademoiselle. Avec Monsieur, ça n’est pas du travail !… Pour être des petites gens, on a, tout de même, chacun son amour-propre, n’est-ce pas ?

Germaine. — Vous connaissez bien mon père… Il est parfois un peu braque. Il ne fallait pas faire attention à ce qu’il vous disait !

Le Jardinier. — Pas faire attention ! Mais Mademoiselle Germaine, c’est que Monsieur vous engueule… faut voir ça !… Pardon, excuse… ça m’a échappé !

Germaine. — Allez, allez !…

Le Jardinier. — Et puis… Non, là, vrai !… Monsieur a des idées comme personne… Il voudrait que les châtaigniers produisent des melons, et les laitues, des abricots… Eh bien, moi, je ne peux pas !…

Germaine. — Ni les châtaigniers non plus, ni les laitues !…

Le Jardinier. — Bien sûr !… On a beau être riche, il y a bien des choses qu’on ne peut pas avoir !… La nature est la nature, pour tout le monde… (Un petit silence.) Enfin voilà !