Laisse-moi… Tu me chatouilles… Tu fais mal… Je te déteste !…

Elle se lève, fâchée et très rouge, et se met à courir dans le bois, les cheveux au vent… Jean aussi s’est levé et la suit en appelant : « Jeanne ! Jeanne !… » d’une voix plaintive… Quelques oiseaux engourdis dans les branches se réveillent, s’envolent avec des petits cris effrayés. Jean et Jeanne disparaissent dans le taillis. A la place où ils étaient tout à l’heure, encore marquée de la jeunesse impubère de leur corps, le grand chapeau de Jeanne se balance, pareil à une immense fleur d’or, sous l’ombre des feuilles.

Sentimentalisme.

J’ai eu, cette semaine, une joie charmante. A la campagne où je suis, j’ai pour voisine une dame seule, veuve depuis trois ans, encore jeune, très jolie. Tous les jours, je passe devant sa propriété qui donne sur la route : une maison du siècle dernier, pareille à une orangerie, entourée de grands jardins que la forêt protège, de tous les côtés, de ses hauts murs verdissants. Jamais, je crois, je n’ai vu tant de fleurs, tant de fleurs, et tant de bêtes parmi ces fleurs. Chaque fois que je passe, je m’arrête discrètement devant la grille et je regarde cet endroit délicieux, si gai, si vivant, et qui m’enchante. Ma voisine ne fait pas beaucoup de bruit, et elle sort très peu. Du matin au soir, active, souple, elle cultive ses fleurs et elle soigne ses bêtes. Sans la connaître, j’éprouve pour elle une très vive sympathie, car tout chez elle, en elle, respire le bonheur calme et dit la vie occupée à des choses délicates.

Aussi, quelle surprise joyeuse quand, l’autre après-midi, délibérément, elle sonna à ma porte et me vint rendre visite.

— Excusez-moi, monsieur, me dit-elle. Mais je tenais à vous remercier, au nom de toutes mes bêtes, de votre article de dimanche. Je le leur ai lu, figurez-vous, et elles m’ont dit : « Il faut aller remercier ce monsieur, qui nous veut tant de bien, et qui prend si chaleureusement notre défense, contre la brutalité des méchants. »

Je ne savais que dire. Rieuse, ma voisine ajouta :

— J’aime tant mes bêtes, que je fais tout ce qu’elles veulent.

Je n’osais lui offrir d’entrer dans ma maison, et je la priai de s’asseoir sur un banc, dans le jardin.

J’aurais bien voulu éviter toutes les banalités des entrées en relations, et je me torturais l’esprit pour trouver quelque chose de rare et qui, tout de suite, fît valoir mon esprit, quand ma voisine, après un très court silence, me dit soudain :