—Anvers est perdu! C'est bien pour Flessingue...

—Vive Flessingue!

—À bas Anvers!...

Le navire approche, s'engage dans la passe:

—Le voilà!... le voilà!

—Je vous dis que c'est pour Flessingue.

Mais non... Le navire a passé... C'est toujours pour Anvers...

Les navires ont l'air de se moquer de ces foules entassées sur le môle de ce port maudit, où il n'entre guère que le petit bateau de Breschens, qui amène, deux fois par semaine, les touristes étrangers qui viennent visiter la Zélande, les parcs de Goès, le marché de Middelbourg et ses belles filles rieuses, à la coiffe dorée, aux bras trop rouges...

En haut du môle, dominant la mer et gardant l'Escaut, le superbe amiral Ruyter, en bronze, ne commande plus qu'à des souvenirs... Il a l'air de se dire, mélancoliquement:

—Ah! si j'avais encore ma flotte, qui défit si bien les Français!...