—Parbleu! nous qui adorons la propreté, tu penses si nous préférerions un bon tub, avec de la belle eau claire, parfumée au benjoin... Nous autres, vieux cochons, ne rêvons que de mousses de savon, de pâtes d'amande, de frictions au gant de crin, de pédicures... Mais tu vois... on ne nous donne que ça!... Il faut bien s'en contenter...

Ils semblent dire encore:

—C'est dommage que les hommes, en France, soient si sales... qu'ils aient vraiment le goût de la saleté... Ils ne se doutent même pas, que, propres comme des cochons d'Alsace ou d'Angleterre, nous sommes bien meilleurs à manger et valons beaucoup plus d'argent.

Si, exceptionnellement, en traversant la route, ils se font écraser, croyez alors qu'ils se vengent. Il n'y a pas d'exemple que l'auto ne capote sur leur masse de lard et de viande, et ne fasse, instantanément, une même horrible bouillie de l'homme et du cochon


C'est tout à fait par hasard que j'ai vu, sur nos routes, des chameaux... Les chameaux sont très rares en France—je le dis au propre, bien entendu. Si j'en juge par celui que, deux ou trois fois, je rencontrai, dans la forêt de Saint-Germain, ils semblent absolument indifférents à l'automobile. Conduit par un chamelier du Pecq, pelé, galeux et triste comme tous les fatalistes, il allait de son grand pas allongé et mou. Un jour, il transportait, à Poissy, un lit, une armoire, des matelas; un autre jour, à Maisons-Laffitte, qui est une colonie moins pénitentiaire, un piano et deux fauteuils Louis XVI... C'était, si j'ose dire, un chameau déménageur... Quand il croisa l'automobile, il ne la regarda même pas... Mais, fait singulier, le piano secoué résonna, et il me sembla qu'il jouait, tout naturellement, une valse de M. Gounod...

Je n'en tirai, d'ailleurs, aucune conséquence sur l'infériorité esthétique du chameau...


Il paraît—c'est notre charmant Capus qui l'affirme—qu'on peut forcer des lièvres en auto, mais seulement de nuit. Une fois pris dans les rais du phare, il ne leur vient même pas à l'idée qu'ils puissent en sortir. Ils courent, droit, devant le moteur, jusqu'à ce qu'on les prenne, sans tenter, un seul instant, de rentrer dans l'obscurité des champs et des bois. Encore un joli thème à développer sur l'éblouissement que donnent aux littérateurs les succès éphémères, et qui les mène à la catastrophe...

Mais j'imagine que Capus a dû faire des chasses dans le Midi, qui est la route du Blésois, ou dans le Blésois, qui est la route du Midi...