[BORDS DU RHIN]
Les lecteurs se rappellent, peut-être, de quelle façon inattendue nous franchîmes la frontière allemande, à Elten, et l'accueil de ce douanier paternel qui, derrière nous, agitait sa casquette, en signe de bon voyage.
Nous allions, vous vous souvenez, à Düsseldorf.
Nous avions quitté les chemins briquetés de Hollande. Le pays était toujours très plat, très vert, mi-polders, mi-champs de cultures, avec, çà et là, de petits villages tranquilles, entourés joliment de bouquets de bois, et des petites maisons basses—fermes et laiteries—aux façades chaulées, aux toits de tuiles, dont le rouge jouait discrètement, sous un ciel gris perle, très profond et très doux.
Ce n'était plus la Hollande et ce n'était pas encore l'Allemagne. C'était un reste de Hollande dans très peu d'Allemagne, quelque chose d'intermédiaire qui donnait au paysage je ne sais quoi de plus gentiment mélancolique, un charme de chose très jeune ou très ancienne—je ne saurais dire—assez émouvant.
Et la route unie, sans une courbe, sans un ressaut, invitait à la vitesse.
Nul obstacle nulle part. Pas un caniveau, pas un dos d'âne: une piste bien entretenue de vélodrome. Scrupuleusement, les voitures que nous dépassions tenaient leur droite, et les charretiers, attentifs à leurs chevaux, nous saluaient au passage, sans servilité, presque en camarades.
Brossette me dit: