Puis encore:
—Voulez-vous me permettre de vous serrer la main?
J'entendais encore mon père me dire qu'il n'avait jamais été plus touché par la bonté d'un homme, et que, jamais, il n'avait serré une main française avec autant de joie qu'il étreignit cette main allemande... C'est que mon père était, lui aussi, un brave homme... Dieu merci, il n'avait rien d'un héros de théâtre.
Sous l'impression de ce souvenir, je m'exaltai:
—Ma foi! tant pis... m'écriai-je tout à coup... Arrivera ce qui pourra... Allons-y, Brossette, allons-y!
L'air était frais, la carburation excellente. La bonne C.-G.-V., lâchée, bondit et roula comme une trombe sur la route.
—L'accélérateur, Brossette!... Nous verrons bien...
—Sale pays! répéta Brossette, en réglant ses gaz et donnant méthodiquement de l'avance à l'allumage.
En quelques minutes, nous fûmes à Emmerich, où nous traversâmes le Rhin, sur un bac à vapeur très puissant; eu quelques autres, à Clèves, dont nous escaladâmes les rues sinueuses et montueuses, à la grande joie des promeneurs—c'était un dimanche,—et sous la conduite d'un petit pâtissier, très fier d'être monté sur le marchepied, et qui nous mit gentiment sur notre chemin, de l'autre côté de la ville.
Ah! quelle route!