—Bah! m'écriai-je, Paris valant bien une messe, la couronne impériale d'Allemagne...
—Ne vaut pas, interrompit vivement von B..., qu'on soit condamnée à un cordonnier allemand, quand on a le pied joli...
Un soir, à table, un gros financier allemand vantait, devant ses convives français, avec un enthousiasme choquant, la supériorité morale, commerciale, militaire, scientifique de son pays. Eut-il conscience de son mauvais goût devant tous les visages qui se glaçaient?... Voulut-il se faire pardonner? Il prit tout à coup, à la pointe de son couteau, le menu morceau d'un exquis camembert, et dit, en souriant:
—Par exemple... nous n'avons pas chez nous de pareils fromages. Sous le rapport des fromages, je concède que vous nous êtes très supérieurs...
Von B... est un peu, mais avec plus de grâce, comme cet Allemand, et comme beaucoup d'étrangers qui, au fond, méprisent la France pour sa frivolité agressive et vantarde, et qui l'admirent seulement—en la méprisant toujours—pour l'élégance de ses femmes, de ses modes, pour la qualité unique de ses plaisirs et de sa corruption. Patriote, quoiqu'on dise, je me serais bien gardé de lui enlever cette dernière illusion.
Le restaurant se vidait... Et, comme on nous apportait une troisième bouteille d'un vin de Moselle mousseux, je vis, à une table, voisine de la nôtre, devant un général superbe, raide, monocle à l'œil, éclatant, très rouge d'être sanglé, plus rouge d'avoir énormément bu, je vis deux officiers, deux capitaines de cavalerie, qui, en s'inclinant, venaient de faire sonner leurs talons. Et je le regardai, le vieux brave, qui, sans broncher, les laissait plus d'une minute dans une humiliante immobilité, le coude levé à hauteur de la tempe, les fesses indécemment tendues au bord du dolman bleu de ciel. Après quoi, d'un geste sec, il les congédia:
Alors, je dis à von B...:
—Mon ami... parlez-moi de l'Empereur d'Allemagne.